Marion Petit, Naissance d'une mère


L'écriture permettrait de se reconstruire face au drame. Qu'en est-il de ces parents qui ont vécu la tragédie de la perte d'un bébé ? Pourquoi ont-ils décidé d'écrire leur histoire? Quels messages ont-ils souhaité passer à travers leur témoignage?


Chaque mois, sur ce blog à la rubrique 'Rencontre littéraire', vous retrouverez l'interview intégrale de l'auteur d'un ouvrage sur le deuil périnatal.



Présentation


Au delà du récit poignant de la perte de son ange qui a été désiré et a existé pour toute une famille, Marion PETIT nous confie son difficile parcours vers l'acceptation de l'inacceptable grâce à la foi, à la psychogénéalogie et à la résilience. Ce livre est un message d'espoir dans lequel la vie succède à la mort, le chagrin laisse place au bonheur.


Ce livre a énormément résonné en moi, je me suis sentie apaisée après l'avoir lu d'une traite.


A propos de ton parcours


Quelle est la composition de ta famille? Comment est venu ton désir d'enfant, ton projet de grossesse?

Mon mari et moi-même avons eu trois enfants. Notre aîné, Balthazar, est décédé. Nous avons eu la joie d’accueillir une fille et un second garçon. Le désir de grossesse a été naturel dès lors que j’ai rencontré l’homme qui pourrait m’accompagner sur ce chemin. Et je l’ai bien choisi car le démarrage de la parentalité ne s’est pas passé comme prévu.


A quel terme s'est arrêtée ta grossesse? Que s'est-il passé?


La grossesse de Balthazar s’est arrêtée à 22 SA + 4 jours. Nous avons découvert que j’avais un col béant. C’est souvent découvert par le premier enfant. Cela ne se détecte pas en amont. Concrètement comment cela se passe-t-il ? Dès que le bébé commence à peser un certain poids, ici 500gr, le col s’ouvre comme si c’était l’heure d’accoucher.



Peux-tu nous décrire la manière dont l'équipe médicale t'a accompagné ? Quelle place a été accordée à ton conjoint dans cet accompagnement?

J’ai été aux urgences de la maternité la plus proche de chez moi car j’avais des saignements. J’ai attendu une bonne heure sur une chaise en salle d’attente. J’ai trouvé ce moment extrêmement long. Les infirmières qui m’avaient donné de quoi faire un prélèvement d’urines me disaient : « Vous verrez, c’est souvent rien. » Mais je sentais que ce n’était pas « rien ». La gynécologue que j’ai eu pour l’auscultation a été très froide. Mécanique. Peu bavarde. J’ai été frappé par l’absence d’accompagnement pour ce moment. Elle m’a annoncé la fin de la grossesse comme si mon bébé n’existait pas, comme s’il n’était pas un être à part entier au point que j’ai cru qu’il était mort in utéro alors que ce n’était pas le cas. Mon mari est arrivé en scooter après l’annonce. Il n’y a pas eu de prise en charge particulière pour lui. Nous avons beaucoup été livré à nous-même jusqu’au moment de l’accouchement.



Comment s'est passé l'accouchement ? Le retour à la maison ?


J’ai eu un anesthésiste et son assistant qui se racontaient des blagues pendant qu’ils me posaient la péridurale. J’ai trouvé que ce n’était pas professionnel du tout. Dans ces moments de vie, très dur, certaines personnes décident de s’échapper peu importe comment. Eux, c’était de faire comme si je n’existais pas. Et en même temps, le choc de ce qui était en train de m’arriver m’avait d’ores et déjà anesthésié. Cette impression d’un vide atone était impartageable. J’ai vécu ce moment comme une fin de mon monde. Silencieusement, seule avec ce petit ventre naissant, mon mari attendant lui que la péridurale soit posée pour avoir le droit d’être à mes côtés. La sage-femme et la gynécologue qui m’ont accouché ont été très professionnelles et bienveillantes. Elles se sont assurées qu’elles feraient le chemin avec nous et qu’elles ne partiraient qu’une fois que notre fils serait né, ce qui a été le cas. Le retour à la maison a été très mal vécu car une autre gynécologue, pas celle qui m’avait accouchée, m’a assurée avec un ton formel que je n’aurais pas de montée de lait car j’étais : « bien trop peu de temps enceinte » m’-a-t-elle dit ! Et il s’est avéré que j’ai eu une montée de lait à J-3 qui été la douleur de trop.




A propos de ton livre


Pourquoi as-tu voulu écrire ton histoire ?


Au début, j’ai écrit le livre pendant la grossesse de ma fille. Je devais être alitée pendant 7 mois et je n’avais plus le droit d’exercer mon métier. Alors, pour que ma fille soit au courant de son histoire, j’ai décidé de prendre ce temps pour écrire. L’écriture me permettait aussi de ne pas avoir peur d’oublier les détails avec le temps. Et à sa naissance, je collectais des souvenirs dans un petit carnet et j’ai continué l’écriture lors de la grossesse de notre deuxième fils.


Combien de temps as-tu consacré à l'écriture de ton livre? A-t-il été facile de trouver un éditeur? Qu'as-tu ressenti à la publication de ton témoignage?

J’ai écrit le livre pendant les deux grossesses donc 18 mois. Il y a eu ensuite la relecture et la décision de le partager à plus grand que nous. Trouvé un éditeur n’a pas été facile car j’ai tenté pendant 15 mois et j’ai fini par m’auto éditer avec Amazon. Le plus important pour moi était de voir le livre comme un objet concret de ce qui nous était arrivé.

La publication du livre a été l’aboutissement de ce parcours de deuil et l’ouverture vers une transformation de mon être.


Que souhaites-tu dire à tes lecteurs ?


Je remercie mes lecteurs d’avoir eu le courage de lire notre histoire. Ce n’est pas une démarche forcément évidente, cela demande une certaine ouverture d’esprit. La plupart des lecteurs m’envoient un petit mail à la fin de la lecture pour me raconter le changement que mon livre leur a apporté. J’en suis toujours très émue car ils écrivent souvent sur le coup de l’émotion alors nous avons vraiment un échange d’âme à âme. La lecture du livre permet aux gens de prendre conscience du drame qu’est le vécu du deuil périnatal. Je veux aussi dire aux futurs lecteurs qu’en me lisant ils participent à leur échelle à me consoler car en me lisant c’est comme si je présentais notre fils à chacun d’eux.



A propos du deuil périnatal


Quel est le souvenir le plus douloureux de ton parcours de mamange ? Quel est le souvenir le plus doux que tu gardes de ton fils ?


Le souvenir le plus douloureux reste le moment où la poche des eaux a percé. Là, j’ai vraiment compris que c’était fini. Le monde avait perdu, à ce moment-là, de sa résonnance. J’ai su, dans cet instant précis, que rien ne serait plus jamais comme avant. Que mes espoirs seraient vains et qu’il fallait maintenant que j’accompagne mon bébé vers la mort du mieux possible.


Les souvenirs les plus doux sont nombreux, car nous avons eu la chance que Balthazar se love dans mon ventre pendant une étape importante de notre vie de couple : notre mariage et notre voyage de noce. Ces moments-là sont donc plus qu’heureux.


Comment réussis-tu à faire vivre Balthazar au quotidien?

Notre fille, celle qui est arrivée après Balthazar, est vraiment connectée à lui. Ce sujet n’a jamais été tabou dans notre cercle familial : mon époux, nos enfants et moi-même. Nos enfants savent qu’il existe un livre. Ils se réjouissent aussi le jour de l’anniver’ciel de Balthazar d’aller allumer un cierge pour lui dans une église.

Il n’y a pas si longtemps, ma fille a eu envie de le voir. J’ai répondu à sa demande. Je lui ai montré une photo de lui. Elle a eu l’air surprise de le voir tout petit. Puis elle m’a dit : « Il ne t’a pas regardé ? » et je lui ai répondu : « non ». Alors elle m’a dit spontanément : « Je comprends ta tristesse. Il est petit mais il est beau. » Et la vie a repris son cours, elle est partie se brosser les dents.


Parfois sur le chemin de l’école le matin, les cloches de l’église retentissent à notre passage. Ma fille s’arrête, regarde d’où cela provient et en voyant l’église elle me sourit et me lance sur un ton enjoué : « c’est Balthazar qui me dit Bonjour ! Maman, je vais le remercier de penser à nous. »

Nos enfants ont beaucoup de mots très touchants pour parler de la mort et de la vie. C’est très doux. C’est simple et cela nous réconforte.


Penses-tu que le deuil périnatal est assez abordé ? A l’hôpital ? Dans les médias? Quelles sont les actions que tu aimerais voir se mettre en place ?


Quand j’ai mis au monde Balthazar, très peu de livres de témoignages existaient. Aujourd’hui je suis heureuse de voir que de nombreuses mères, pères ou parents décident de raconter leur histoire pour que le deuil périnatal soit plus connu.

Clairement, les soignants devraient être mieux accompagné pour être à même de cheminer dans ce parcours avec les couples qu’ils accompagnent. Certaines personnes arrivent à déposer leurs blessures aux oubliettes et vivre une vie comme s’il ne s’était rien passé. De mon côté, je crois que ce drame peut nous révéler. Celle que j’ai été, qui a éprouvé, enduré s’est relevée plus grande. Et en cela, la journée de sensibilisation le 15 octobre permet à chacun de faire entendre sa voix. Les radios et certains journaux acceptent plus facilement de relayer le deuil périnatal même s’il y a encore beaucoup de travail de sensibilisation à réaliser.



Le mot de la fin


Traverser le deuil périnatal revient à apprendre le kintsugi, l’art japonais qui consiste à réparer les objets cassés en ajoutant de la poudre d’or à la laque pour réunir les morceaux. Les fissures sont surlignées d’une ligne dorée bien visible. Et l’objet devient encore plus précieux d’avoir été brisé. Cela signifie que l’on a apprivoisé la souffrance.


Le mot de la fin est donc la réconciliation avec soi-même



Un grand merci à Marion pour le temps accordé à cet entretien. On pense très fort à Balthazar.

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