Les pères, les oubliés du deuil périnatal

En ce jour de fête des pères, mes pensées vont vers les papas endeuillés, les grands oubliés du deuil périnatal.


Ces pères qui gardent leur enfant disparu au fond de leur cœur.

Ces hommes qui pleurent en silence pour ne pas ajouter du chagrin à celui de leur compagne.

Ces héros du quotidien, si discrets et présents à la fois.




La pression sociale et culturelle


L'homme est formaté à encaisser les coups durs par son environnement social et culturel, il subit une pression extérieure qui l'oblige à passer par un deuil silencieux et solitaire. Il doit faire bonne figure devant autrui, ne pas craquer en public, ne pas avouer sa faiblesse ou sa vulnérabilité, alors il réprime ses émotions et sera bien incapable de les verbaliser.

Le chagrin, la douleur, le désespoir du père ne sont pris en compte ni par les proches ni par le personnel hospitalier. Son rôle est d'annoncer la funeste nouvelle, de transmettre les informations sur l'état émotionnel de la mère, de protéger sa compagne qui est supposée être la seule à souffrir. Les proches ne se soucient pas vraiment du père, il va forcément bien. Après tout, un homme ça ne pleure pas, depuis petit on lui rappelle que pleurnicher c'est pour les filles, qu'il faut serrer les dents et s'endurcir. Et pourtant, un homme, un vrai n'a pas peur de montrer ses émotions, un père l'apprend de manière brutale au cours du drame familial qui le touche au plus profond de son cœur, de son être : le décès de son enfant.



Le besoin d’action


L'homme est de nature à être porté par l'action, a besoin d'être utile à quelque chose, il est né pour agir. Face à la situation incontrôlable qui est la naissance sans vie de son enfant, le père se sent impuissant. Il ne peut rien faire pour changer le cours des choses, il ne peut rien faire pour sauver son enfant, sa propre chair, alors il agit de toutes ses forces pour lutter contre la violence des émotions qui le submergent. La vie de famille continue grâce au père, fort et inébranlable, répondant aux normes masculines de la société, 'un homme, un vrai', qui réprime ses émotions, protège sa femme en donnant l'image d'un bon mari invulnérable devant l'adversité. Ce père endeuillé s'occupe des enfants, des tâches quotidiennes, des relations familiales et sociales, des démarches administratives. Il ressent très vite le besoin de retourner travailler...

Agir pour retrouver un rôle, une fonction. Agir, pour ne plus penser, ne plus souffrir. Agir pour se protéger, ne pas s'écrouler.


Surmonter le décès de son enfant


Chaque parent va s'engager dans son propre processus de deuil, le travail de deuil du père sera donc différent de celui de la mère. Ce n'est pas parce que l'homme ne parle pas de son enfant qu'il est nécessairement passé à autre chose, la compagne doit comprendre et accepter le chemin que son conjoint emprunte pour surmonter la perte de son bébé.


Certains hommes ont besoin de longs moments de silence, ils sortent marcher en solitaire, roulent de longues heures en voiture, se recueillent sur la tombe de leur enfant, ils s'autorisent à pleurer à l'abri des regards.

D'autres ont besoin de se retrouver entre hommes, faire du sport ensemble pour libérer les tensions liées aux émotions refoulées, discuter autour d'un verre et trouver une oreille extérieure attentive à leur tristesse, jouer de la musique avec son groupe pour s'évader le temps d'un bœuf.

Des hommes trouvent du soutien dans les groupes de parole de deuil périnatal, ils rencontrent d'autres couples, d'autres pères qui vivent la même expérience, ce qui peut les amener à verbaliser leur souffrance.



La réaction du père d'Angelina


Le père d’Angelina ressent très vite le besoin de mettre des mots sur la manière dont il vit son deuil. A peine le prénom confirmé, la date de l'IMG non programmé, mon mari fait une folie, un geste d'amour complètement dingue et prématuré, il se fait tatouer Angelina au-dessus de ses clavicules. Le tatouage est magnifique, l'écriture est douce et puissante à la fois. Je respecte son désir d'exprimer son amour, c'est sa fille, d'ailleurs le prénom de chacun de ses enfants est tatoué sur une partie caché de son corps. Le tatouage lui permet d’exprimer son besoin de faire vivre sa fille au delà de la mort, comme la marque d'un amour indélébile, ancré à vie sur sa peau, elle vivra à tout jamais à travers son père.



Perdre un enfant n'est pas une juste épreuve que le père doit surmonter en silence, c'est une tragédie, un drame qui transforme profondément celui qui le vit à tout jamais. Il vivra avec cette douleur indicible, ancrée dans son cœur meurtri et continuera d'en souffrir toute sa vie.




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