Le déni


La phase du déni marque souvent le début du deuil. Ce mécanisme de défense naturel et inconscient est indispensable pour supporter la douleur psychique. Être confrontés à la réalité de la mort au moment de donner la vie est inconcevable pour les parents.





Le déni, c'est quoi?


Le déni est l'attitude de refus de prendre en compte une partie de la réalité, vécue comme inacceptable par l'individu. En psychanayse c'est un mécanisme de dédense, par lequel le sujet refuse de reconnaître la réalité d'une perception ressentie comme menaçante et/ou traumatisante. (Wikipédia)


La réalité de la mort constitue un choc impossible à intégrer et qu’on refuse de croire.

Le rejet de l'information fait place à une discussion intérieure ou/et extérieure. Il y a contestation : "Non ce n'est pas possible! Ils se sont trompés!". Cette phase constitue une forme d’écran entre soi et la réalité difficile à accepter. C'est le refus de croire l'information : "Non ce n'est pas mon histoire. Ce genre de choses n'arrive qu'aux autres!". C’est le mécanisme de déni, qui protège naturellement, pendant un temps nécessaire, d’une surcharge émotionnelle. Elle permet à la personne endeuillée d’apprivoiser la disparition de l'être aimé selon son vécu et sa personnalité.

Même si cette phase est courte, elle est importante. En effet, notre esprit cherche une manière de maintenir notre bien-être alors qu’il se trouve dans une situation d’extrême impuissance, sur laquelle il n’a aucune emprise.


Si cette réaction de défense est naturelle en cas de traumatisme, le danger est de la laisser perdurer. Alors le risque de dépression est plus grand.



Les formes du déni


Ne pas en parler. Si on n'en parle pas, c'est que rien ne s'est passé. Refuser d'évoquer ce qui s'est passé, c'est nier la réalité, nier l'existence de notre bébé. Ne pas mettre de mots sur ce drame, c'est ne pas lui donner une réalité tangible. Les parents pourraient utiliser cette forme de déni au début du processus du deuil de manière assez brève. L'entourage, lui, pourra en abuser de manière constante avec beaucoup de maladresses.


Ne pas pleurer. Pleurer nous met mal à l'aise, nous renvoie à notre vulnérabilité, notre faiblesse. Se laisser aller à son chagrin peut être terriblement douloureux. Alors éviter de pleurer c'est prétendre prendre le contrôle sur ses émotions. Mais faire comme si on ne ressentait rien ce n'est pas gérer ses émotions, c'est les refouler et les conséquences peuvent être catastophiques.


Minimiser le drame et faire croire que tout va bien pour se conformer à l'attente des autres, de la société. Quand on est courageux, vaillant, on ne se plaint pas, on ne s'apitoie pas sur son sort, on n'ose pas déranger les autres avec ses tracas. Pourtant, perdre un bébé est un véritable traumatisme. C'est donc être dans le déni de sa propre souffrance.





Les solutions


Se reconnecter à ses émotions. Les émotions négatives nous mettent mal à l'aise, leur intensité nous effraie. Pourtant, elles nous apprennent beaucoup sur nous mêmes et sont nécessaires au processus de deuil. C'est pourquoi, il est important de les écouter, de les analyser, de les comprendre. Il sera plus facile de les accueillir et de les accepter.


Intégrer un groupe de parole. Echanger avec des familles endeuillées permet de sortir d'un deuil solitaire et indicible, de libérer la parole et de verbaliser la souffrance.



Mon expérience du déni


D'abord, j'ai refusé de croire à la maladie létale de ma fille. J'étais persuadée que le dpni était un faux positif. C'était juste impossible qu'Angelina soit atteinte de trisomie 18. La clarté nucale était bonne (1,6mm), mon score au tri test était de 1/750 soit une probabilité de 99.87% que mon bébé ne soit pas atteint de trisomie. C'était forcément une erreur, il n'y avait pas d'autre explication, mon enfant vivra. Je me suis alors raccrochée à l'infime espoir que les résulats du caryotype fœtal allaient mettre un terme à ce cauchemar. En vain. Ils n'ont fait que confirmer que mon enfant était mourante.


Tant qu'Angelina était dans mon ventre, elle ne risquait rien et moi non plus, alors pourquoi précipiter l'IMG. J'avais besoin de créer une bulle et de mettre tous mes enfants à l'intérieur de ce cocon protecteur. Quelques semaines de sursis pendant lesquelles nous avons profité d'Angelina chaque instant, chaque seconde. Nous lui avons donné tout notre amour. C'est comme si j'avais eu le pouvoir de ralentir le temps, en repoussant encore et encore l'inévitable. Mon mari m'a doucement ramené à la réalité : laisser partir Angelina vers les étoiles pour lui éviter de terribles souffrances de son vivant. Le déni s'est de nouveau manifesté le lendemain de la naissance d'Angelina. Aller la voir chaque jour à la chambre mortuaire, je sais pas, c'est comme si j'allais voir mon bébé à l'hôpital et qu'à chaque visite elle dormait. Je me revois demander au chef de service de prendre soin d'Angelina. Une scène surréaliste, moi les yeux suppliants, lui le regard plein de tendresse et de compassion. Finalement, ce sont les obsèques qui m'ont fait prendre conscience de cette réalité que je niais : ma fille n'est plus, son corps non plus. Et moi que vais-je devenir ? Dévastée, je me suis écroulée de chagrin sur le parking. Mon identité est fracassée, a volé en éclats. 'Celle que j'étais est partie en fumée comme elle quand ils l'ont incinérée.' Lily B. Francis.

Quand la réalité de la perte de l'enfant nous rattrape, la violence est à ses trousses. Le déni s'efface pour laisser place à la colère. Ce n'est que le début de la tempête émotionnelle.




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