Interview Cindy Bouquemont, Le bonheur en partant a dit qu'il reviendrait


L'écriture permet de se reconstruire face au drame. Qu'en est-il de ces parents qui ont vécu la tragédie de la perte d'un bébé ? Pourquoi ont-ils décidé d'écrire leur histoire? Quels messages ont-ils souhaité passer à travers leur témoignage?


Chaque mois, sur ce blog à la rubrique 'Rencontre littéraire', vous retrouverez l'interview intégrale d'une autrice d'un ouvrage sur le deuil périnatal.



Présentation


Cindy Bouquemont retrace son parcours de mamange dans son livre 'Le bonheur en partant a dit qu'il reviendrait'. Son témoignage est bouleversant, une ode à l'amour et à la vie, avec une pointe d'humour et beaucoup de justesse. Tous les thèmes y sont abordés, l'IMG, la mort fœtale in utero, le deuil, l'espoir, la reconstruction, le couple.

Ce livre est l'un de mes coups de coeur.


A propos de ton parcours


Quelle est la composition de ta famille? Comment est venu ton désir d'enfant, ton projet de grossesse?

En 2013, nous accueillons notre premier enfant, Aaron. Puis nous avons eu Mahé et Théa, décédés en mai 2016 et septembre 2017. Enfin, petit arc en ciel Mayane est venue nous réconcilier avec la vie en novembre 2018. Etonnamment, plus jeune je n'avais pas un grand désir d'enfant, mais à la naissance de mon premier fils, j'ai trouvé cela vraiment très chouette ^^

On a eu envie d'agrandir la famille, mais deux drames sont venus assombrir nos vies. Malgré la douleur nous avons voulu nous battre et ne pas lâcher nos rêves.


A quel terme s'est arrêtée ta grossesse? Que s'est-il passé?


Pour Mahé, de graves malformations et une anomalie génétique ont été découvert tardivement, j'ai subi une IMG à 7 mois et demi de grossesse.

Théa est décédée 3 jours avant le déclenchement, le cordon s'est enroulé dans ses pieds et a stoppé les échanges.


Peux-tu nous décrire la manière dont l'équipe médicale t'a accompagné ? Quelle place a été accordée à ton conjoint dans cet accompagnement?

Pour l'IMG, je n'ai pas eu l'impression d'avoir eu un accompagnement bienveillant de la part de tous les médecins. J'ai reçu des soins de la part d'un interne pressé, du personnel qui n'était pas au courant de ce qui m'amenait dans le service ....

Quand Théa est décédée, la plupart des sages-femmes ont été douces, à l'écoute, mais je suis aussi tombée sur une personne désagréable.


Pour mon conjoint, c'était trop dur de voir ses enfants, il n'a donc reçu aucune place de la part des soignants car je lui ai demandé de rentrer à la maison.


Comment s'est passé l'accouchement? Le retour à la maison?


Cela s'est bien passé physiologiquement, mais les blessures sont profondes lorsqu'on donne la mort au lieu de la vie. Ce n'est pas dans l'ordre des choses. Ne pas entendre son enfant crier, ce n'est pas humain, c'est traumatisant.

Quand on m'a présenté Mahé je n'ai pas réussi à le prendre dans mes bras, j'étais terrorisée. Je l'ai ensuite profondément regretté...

Pour sa petite sœur, j'avais hélas déjà une expérience dans le domaine du deuil, et j'ai pu faire le bon choix. Je l'ai portée, je lui ai parlé et l'ai embrassée, ces moments-là sont si importants.

Le retour à la maison est terrible. La chambre de notre bébé est prête, les cadeaux de naissances sont installés. C'était un profond désespoir, une douleur indescriptible, mais mon grand avait besoin de moi, j'ai donc dû me relever.



A propos de ton livre


Pourquoi as-tu voulu écrire ton histoire ?


Après le décès de ma fille, j'ai lu beaucoup de témoignages sur le deuil d'un enfant. Je voulais savoir si on se remettait un jour, d'un truc pareil. Les livres m'ont beaucoup apaisée. Je suis ensuite allée chercher du soutien sur les forums de deuil périnatal, et j'ai été choquée de voir tant de personnes concernées. Les mamanges m'ont aidée à surmonter mon deuil, et à mon tour j'ai commencé à apporter de l'aide aux nouvelles mamans endeuillées.


J'avais vécu une IMG et une MFIU, je pouvais rassurer, conseiller, épauler. Mais chaque jour, de nouveaux membres nous rejoignaient et je n'arrivais plus à apporter toute l'aide que je souhaitais. Ce n'était plus suffisant, c'est à ce moment que j'ai eu l'idée de raconter mon histoire, car un livre ça se partage, ça reste. J'étais certaine de pouvoir apporter l'espoir et le réconfort que recherchaient les paranges, mais j'espérais aussi aider les soignants à mieux accompagner leurs patients, et parler du deuil périnatal pour tenter de briser ce tabou qui touche tant de familles.


Combien de temps as-tu consacré à l'écriture de ton livre? A-t-il été facile de trouver un éditeur? Qu'as-tu ressenti à la publication de ton témoignage?

L'écriture a pris environ 1 an, mais je n'étais pas pressée, lorsqu'un souvenir surgissait je le notais, puis je le reformulais. Pendant ce temps, de nouveaux bébés arc en ciel naissaient, de nouvelles histoires se dessinaient.


Je n'avais aucune connaissance dans le milieu de l'édition, j'ai eu de la chance d'avoir de bons conseils, et j'ai décidé de m'auto éditer. Je n'ai pas d'éditeur, je reste donc maitre de mes choix, mais je dois gérer toute la communication et la logistique. Mon livre n'est pas sur les étagères mais disponible sur internet dans toutes les enseignes, et sur commande chez les libraires. Je fais du dépôt vente autour de chez moi, et des séances de dédicaces. Cela demande du temps mais j'aime beaucoup ce nouveau petit métier qui s'est installé dans ma vie.


Que souhaites-tu dire à tes lecteurs?


Je suis tellement heureuse d'avoir le retour des lecteurs. Souvent ce sont des mamanges ( peu de papas me lisent mais j'espère que ça changera en 2021 ),et quand elles me disent qu'elles se sentent comprises et moins seules, c'est ma plus belle récompense.


Très touchée également des messages de soignants, des sages-femmes qui me confient se sentir plus à l'aise pour accompagner les parents endeuillés, c'est vraiment un magnifique compliment. Comme quoi partager son vécu peut apporter beaucoup. Je remercie tous les lecteurs qui ont pris le temps de me lire.



A propos du deuil périnatal


Quel est le souvenir le plus douloureux de ton parcours de mamange? Quel est le souvenir le plus doux que tu gardes de tes enfants?


Il y a beaucoup de souvenirs douloureux, je retiens particulièrement le jour où la généticienne nous a annoncé que Mahé était malade. C'était nos 10 ans de rencontre avec mon conjoint. Evidemment le jour de l'IMG est le plus terrible, c'est celui ou on dit adieu à son enfant.


Quand on m'a annoncé que le cœur de Théa s'était arrêté, j'ai cru mourir. Je n'oublierais cet instant où tout s'est effondré.


Mon plus beau souvenir avec eux c'est la rencontre, c'est hélas le seul souvenir que l'on a de nos enfants lors d'une img ou d'un décès in utéro.


Je me suis fait ensuite un tatouage en leur honneur, j'avais besoin de les graver dans ma peau.


Comment réussis-tu à faire vivre Mahé et Théa au quotidien?

En racontant mon histoire dans un livre, je les fais vivre et voyager. Du Québec à la Réunion, des lecteurs du bout du monde connaissent désormais leur prénom, leur histoire. Et quand je ne serais plus là, le livre existera encore, et mes petits-enfants auront aussi une trace de leur passage.


Penses-tu que le deuil périnatal est assez abordé ? A l’hôpital ? Dans les médias? Quelles sont les actions que tu aimerais voir se mettre en place ?


Je pense que la mort d'un enfant fait tellement peur que c'est un sujet très caché de la société. On a peur d'inquiéter les femmes enceintes, on se base sur les statistiques pour dire que ça arrive peu. Alors bien sûr il y a heureusement plus de grossesses qui se terminent bien que des fins tragiques, mais puisque 7000 parents chaque année en France vivent la pire épreuve de leur vie, cela mériterait d'être plus évoqué.


Cela permettrait par exemple aux proches d'avoir les mots, l'attitude à adopter. J'ai beaucoup de messages d'amies, de sœurs, de collègues qui me demande ce que l'on dit à quelqu'un qui vient de perdre son bébé. Si on en parlait plus les parents seraient mieux soutenus, mieux accompagnés.


A l'hôpital il faudrait plus de sensibilisation sur le sujet, et une meilleure formation à mon sens. Je ne trouve pas normal par exemple que les hôpitaux ne proposent pas aux couples de faire venir un bénévole de Souvenange, ou au moins les informer que des jolies photos de leur enfant peuvent être faite par un professionnel. Ce seront les seules photos qu'ils auront de leur bébé ! Pourtant certains hôpitaux savent que le service est proposé dans leur ville, mais ils ne prennent même pas la peine de le communiquer aux parents. Je ne trouve pas cela normal.


Dans les médias, cela commence à bouger de plus en plus. On parle désormais du deuil périnatal sur les plateaux télé, dans les magazines. J'ai d'ailleurs eu un article dans Closer, dans le journal régional et j'ai été interviewé par une radio locale. C'est plutôt encourageant, par rapport à quelques années en arrière, où les femmes n'avaient même pas le droit de voir leur enfant décédé.... Il y a encore du travail bien sûr, mais on avance sur le sujet .


Le mot de la fin


On ne se remet pas de la perte d'un enfant, on apprend juste à vivre avec. On pense ne jamais se relever, être triste jusqu à la fin de nos jours. Pourtant arrive un moment où on se surprend à sourire en pensant à notre enfant. Et des projets refont surface, le combat continue, car le bonheur en partant m a dit qu'il reviendrait Ne lâchez pas vos rêves!



Un grand merci à Cindy pour le temps accordé à cet entretien. On pense très fort à Mahé et Théa.

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