Encore un Noël sans toi...

Se rassembler en famille, quand la sienne est partagée entre ciel et terre. Célébrer des moments de joie, quand la tristesse resurgit. Partager des cadeaux, quand son enfant n'en ouvrira jamais un seul. Noël est une période particulièrement difficile et douloureuse pour les parents endeuillés.

Crédit photo @Korrig'Anne

Premier Noël sans toi


Décembre 2019. Mes yeux brillent à l'approche de Noël, ils sont tournés vers le ciel. Noël n'a plus rien de magique ou féérique, je ne vois pas les décorations ou les illuminations. A la nuit tombée, je ne cherche à regarder que mon étoile qui brille dans le ciel obscur. Si Angelina était née à terme, le 11 juillet, elle aurait 5 mois aujourd'hui. J'aurais mon bébé dans les bras, en bonne santé, souriante, douce et joyeuse. Ce serait, elle, mon plus beau cadeau. Je n'arrive pas à surmonter mon chagrin. Je n'ai ni la force ni l'envie de préparer les festivités. La super organisatrice des réunions familiales, la reine des fourneaux, la merveilleuse hôtesse a tourné les talons. Ma vie est sens dessus dessous et Noël n'a plus aucun sens. Mon mari me propose de passer les fêtes de fin d'année au soleil. Dans d'autres circonstances, j'aurais été ravie de mettre un pied sur le continent africain et découvrir la richesse de sa culture. Mais pas cette année… Je porte le deuil périnatal, encore. Je prétexte des histoires de vaccins incompatibles avec la grossesse pour décliner des vacances chez ma belle-famille qui se faisait une joie d'organiser notre venue. Comment avoir le cœur à la fête quand une partie du sien a été arrachée ? Noël ravive cette douleur innommable, incommensurable qui s'étire jusqu'à mon utérus, à l'endroit même où la vie et la mort se sont mêlées avec violence. Alors l'idée de passer des heures à table à tenter de remplir mon ventre désespérément vide m'est insupportable. Mais ce que je redoute le plus c'est le silence pesant autour de mon bébé des étoiles. Tous les autres enfants seront mis à l'honneur, comme le veut la coutume ils recevront tous des cadeaux. Mais personne n'aura une pensée pour Angelina. Je réussis à convaincre mon conjoint d'y aller avec la cadette qui rêve de connaitre une partie de sa culture et rencontrer sa grande famille paternelle. La magie de Noël va opérer, son rêve sera exaucé. Ils sont partis durant toute la période des fêtes de fin d'année célébrer des instants de joie et de bonheur en famille. Les plus grandes sont restées avec moi, elles partent un Noël sur deux chez leur père. Impossible de les convaincre de partir deux années de suite. Mais je n'arrive pas à entrer dans des préparatifs fastidieux. Je suis au plus mal psychologiquement et mon corps est incapable prendre le relais. Malade, je passe le réveillon sous la couette, les filles le passeront avec un plateau repas devant les films de Noël. Et oui ! A force de refouler mes émotions, elles se sont fixées dans mon corps. Je n’ai pas osé parler d’Angelina, peur de déranger avec mon chagrin, peur d'être incomprise, alors j'ai ravalé ma tristesse chaque jour depuis que je suis devenue une mamange. Inévitablement je chope une angine blanche qui me cloue au lit entre Noël et le jour de l'an, à devoir prendre des médicaments, compatibles cette fois-ci avec ma grossesse. L'année finit aussi tristement qu'elle a commencé.

Un Noël entre joie et tristesse


Décembre 2020. Une année bien différente. Et je ne parle même pas de la Covid. Je n'ai pas une minute à moi. Ce n'est pas une volonté de ma part de s'étourdir l'esprit pour ne pas penser à Angelina. Chaque jour, je pense très fort à elle et aux autres bébés partis trop tôt, j'ai lancé l'initiative du hashtag nosétoilesilluminerontnoel sur les réseaux sociaux. J'ai envie de faire plaisir, de faire du bien, d'apporter de la douceur autour de moi. C'est le premier Noël de bébé Arc-en-ciel. Nelya a déjà 7 mois, se déplace à 4 pattes. Elle est très intriguée par le sapin dans le coin du salon, elle file à toute vitesse toucher aux boules et s'amuse à tirer sur la guirlande. J'ai hâte de la voir ouvrir ses cadeaux maintenant qu'elle a appris à déchirer le papier. Ly-Ann, à 7 ans, aimerait croire encore un peu en la magie de Noël. Donc elle a passé une méga commande au Père-Noël : créer une ville de poupées sur la terrasse, une trentaine de poupées Barbie, une quinzaine de Ken, une dizaine de tenues, des voitures, des chevaux, etc. Elle justifie sa liste à rallonge par les économies qu'elle nous fait faire. Ben voyons... Mon mari s'est engagé à lui révéler la supercherie le lendemain de Noël. Comme je les aime ! Je savoure chaque instant de bonheur que me procure ma famille mais la tristesse s'empare de moi. Les émotions autour de cet autre Noël sans Angelina sont ambivalentes, contradictoires, mouvantes. Et les décorations personnalisées sur le sapin, symbolisant notre princesse des étoiles, ne suffiront pas à réchauffer mon cœur de mamange. Elle me manque terriblement. La famille n'est pas au complet puisque les aînées passent les fêtes chez leur père. Les plus grandes seront avec nous au prochain Noël, mais Angelina sera éternellement absente. Ma famille ne sera jamais au complet et ne sera jamais complètement heureuse. Une famille entre ciel et terre.




A toi Angelina, l'étoile la plus brillante dans le ciel. Tu scintilles dans nos coeurs, tu brilles dans nos yeux.

Nous t'aimons et pensons très fort à toi pour Noël, toi notre plus beau cadeau.

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