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Note 1.1

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Les préparatifs

Même si je pleure tous les jours depuis le lancement officiel des démarches, j'essaie de puiser au fond de moi mes dernières forces pour ne pas craquer maintenant. Grâce à la bienveillance et aux conseils des parents endeuillés via les réseaux, je tente de me concentrer sur les derniers jours où je peux encore sentir mon enfant vivant et finaliser les derniers préparatifs pour le jour de son départ vers les étoiles, assumer tant bien que mal mon rôle de maman avant de devenir une mamange à mon tour.

 

Concrètement, je parle tous les jours à ma princesse, je lui explique à quel point je l'aime mais je préfère souffrir moi que de la laisser vivre elle dans de pareilles souffrances à cause de ses malformations sévères, que ce choix a été le plus difficile, le plus cruel de toute ma vie, mais le plus juste pour notre famille, chacun la gardera à jamais dans son coeur, elle fait partie de nous, de notre histoire, sa place sera dans notre mémoire et officiellement dans le livret de famille. Nous lui avons commandé un kit d'empreinte pour un souvenir indélébile, mes filles ont choisi son doudou au magasin de jouets (C'est pour offrir? Non ça va aller merci), si elles le désirent, elles pourront lui faire un dessin, moi je vais lui écrire une lettre. Mon mari a dormi les nuits précédentes avec un tissu Wax qui servira à envelopper bébé, ce sera sa manière d'accompagner sa fille.

J'ai également contacté deux associations d'accompagnement au deuil périnatal:

- Lou'Ange est une association de tricoteuses bénévoles qui confectionnent des layettes destinés aux enfants nés sans vie. J'ai fait la demande directement auprès de l'association via Messenger car le CHU de Nice n'en avait plus à disposition de la taille d'Angelina. Avec beaucoup de réactivité,  Stéphanie, la fondatrice de l'assocation, a envoyé un petit colis que nous avons réceptionné la veille de l'accouchement, de la douce et jolie layette de couleur blanc, symbole de la pureté pour mon Ange qui va rejoindre les étoiles.

-Souvenange est une association de photographes bénévoles qui interviennent à la maternité pour accompagner et soutenir les familles gratuitement grâce à des photographies de qualité de bébé décédé. J'ai été en contact directement avec la Présidente de l'association Hélène, qui a fait le nécessaire pour coordonner l'intervention d'une photographe bénévole.

La seule chose qui nous paraît insurmontable sera d'organiser ses obsèques, ni Davy ni moi-même n'en avons la force pour l'instant. L'hôpital garde le corps dix jours avant l'incinération, nous pouvons changer d'avis si nous le désirons.

Lundi 1er avril au matin, je prends 3 comprimés de Mifegyne pour préparer le col de l'utérus avant un accouchement, cette prise se fait directement au service maternité en présence d'une sage-femme. L'IMG est programmée dans deux jours, je serai à 27sa. 

Par moment, j'ai l'impression de vivre un cauchemar, traverser l'enfer, et pourtant le pire reste à venir...

L'IMG

La grossesse

Mercredi 3 avril, 10 heures, j'ai rendez-vous avec la mort.

Le compte à rebours est lancé, combien de minutes reste-t-il à mon enfant pour vivre? J'ai envie de m'enfuir de la salle d'attente, je suis entourée de femmes enceintes, la plupart sont venues accoucher d'un enfant bien vivant, alors que moi je viens donner la mort. Mon mari ne lâche pas ma main, son visage est fermé, ses mâchoires serrées, nous attendons bien sagement que l'équipe médicale vienne nous chercher. La salle d'attente est collée à une salle d'examens, une femme pleure, hurle de douleur, non de chagrin je crois, elle semble inconsolable, ses sanglots résonnent dans la salle d'attente et nous mettent tous dans une situation inconfortable. Je décide de sortir du service de maternité, je préfère rester au calme avec mon bébé dans le couloir de l'hôpital, je n'ai pas besoin d'entendre plus longtemps la détresse de cette maman, je vais la vivre moi aussi très bientôt, la mort de mon bébé ne va pas arriver par surprise, elle m'attend et je dois profiter de ces derniers instants avec ma fille. Tout en faisant les cent pas dans le couloir, je caresse mon ventre bien rond, je suis à six mois de grossesse, je fredonne une comptine qui me vient à l'esprit, une comptine que je pourrai pas lui chanter dans son bain ou le soir pour l'endormir. 'Petit escargot porte sur son dos sa maisonnette, aussitôt qu'il pleut, il est tout heureux, il sort sa tête'. Le temps s'arrête, j'ai pu construire une bulle de calme et de sérénité, je ne vois plus les patients, les brancards ou le personnel hospitalier qui me croisent dans ce long couloir, c'est juste moi et ma fille avant notre funeste séparation.

Vers 11h30, on nous installe en salle de travail, la salle numéro 2 je crois, je me déshabille, enfile la blouse, l'infirmière me pose les perfs, l'anesthésiste vient me poser la péridurale. L'aiguille me fait vraiment très mal, c'est beaucoup plus douloureux que pour mes précédents accouchements, je ne me sens pas bien, je la sens à chaque millimètre me transpercer un peu plus le corps. Je tente d'en informer l'infirmière qui m'aide à faire le dos rond mais ma voix est inaudible, j'essaie de parler d'une voix plus forte 'je ne me sens pas très bien', chute de tension, elles m'allongent sur le côte droit, je vois des étoiles, mes paupières sont lourdes, je fais un malaise. Est-ce le stress? Le corps qui se rebelle? L'aiguille est-elle plus grosse, plus longue? La péridurale est-elle plus forte en cas d'IMG? Davy me rejoint, j'ai peur, je veux arracher tous ces branchements qui me relient déjà à l'horreur que je vais vivre, je ne peux plus faire marche arrière, deux gynécologues arrivent, c'est trop tard, ce moment tant redouté arrive avec eux, le cœur de mon bébé va être arrêté. J'essaie de rester forte pour ma fille, je ne pleure pas, je ne panique pas mais l'anesthésiste décide de me donner un tranquillisant (de l'atarax je crois) par intraveineuse pour 'atténuer mes pensées' me dit-elle, elle se positionne derrière moi et invite mon mari à se mettre du côté gauche de mon visage. Un drap vert stérile est posé devant nous, je ne vois rien, je n'entends rien, je chantonne encore 'Petit escargot', je ferme les yeux, j'ai l'impression de m'endormir, je lutte, je me réveille, Davy me parle sûrement pour me rassurer mais je ne comprends pas ce qu'il me dit, je sens seulement ses doigts caresser mes cheveux, j'ai juste envie dormir, 'Petit escargot', cette chanson est en boucle dans ma tête. Le gynécologue, qui a réalisé le geste,  vient me voir, il est grand, se baisse au niveau de mon oreille droite, me présente ses excuses, je ne l'entends pas vraiment, sa voix est trop basse, tout est flou dans ma tête, il parle avec mon conjoint et quitte la pièce. L'autre gynécologue, celle qui a suivi notre dossier, reste encore un peu avec nous, le temps de ranger le matériel, je reprends mes esprits rapidement, et lui demande 'Elle est partie?', elle plonge ses grands yeux bleus dans les miens : 'Oui'. 

Même si je n'ai pas senti l'aiguille atteindre le cordon ombilical grâce à la péridurale, même si je n'ai pas vu le gynéco mettre un terme à la vie de mon bébé grâce au champ stérile posé devant mes yeux,  la confirmation de la mort de mon bébé m'a fait hurler de chagrin. Heure du décès, 12h45. Je portais officiellement la mort et mon rôle maintenant était d'accoucher du corps sans vie de mon enfant.

L'accouchement

La grossesse

14 heures. A., la sage-femme, est d’une gentillesse sans borne, elle arrive dans la chambre avec un sourire plein de tendresse, elle s’assoit sur le rebord de mon lit, et prend le temps de nous expliquer les possibilités qui s’offrent à nous lors de la naissance avec notre enfant. Avons-nous déjà choisi un prénom ? Souhaitons-nous rencontrer Angelina? Le papa veut-il couper le cordon ? Souhaitons-nous la mettre en peau à peau directement? Préférons-nous que l’auxiliaire de puériculture la prépare avant la rencontre? Avons-nous emmené des vêtements, des effets personnels pour elle? Organisons-nous les obsèques de notre fille? A. reviendra dans 3 heures pour m’administrer la deuxième prise de prostaglandine, médicament qui provoque les contractions de l’utérus et la dilatation du col. Davy et moi profitons de ce moment pour continuer notre réflexion autour de l’accueil d’Angelina dans quelques heures.

17 heures. A., vérifie mon col, il se dilate doucement, impossible pour elle d’atteindre la poche des eaux afin d’accélérer le travail. Nous allons devoir faire preuve de patience. Nous en profitons pour lui faire part de nos différentes décisions. Davy exprime le souhait de couper le cordon, moi celui de garder ma fille contre moi tout de suite après la naissance, nous n’avons toujours pas la force d’organiser les obsèques et préférons laisser le CHU prendre en charge l’incinération de notre enfant.

20 heures. La dilatation de mon col est lente, très lente. A. n’arrive toujours pas à accéder à la poche des eaux, elle est à un ongle nous dit-elle, cette sage-femme est douce et bienveillante dans sa manière d’accompagner les parents en deuil périnatal, elle nous confie suivre régulièrement des formations.  L’équipe de nuit prend le relais, à mon grand regret. La sage-femme débarque dans notre chambre sans se présenter, elle vérifie mon col, change la composition de la solution intraveineuse, nous n’avons ni le droit à un sourire, ni à un mot de sa part. L’anesthésiste est plus humaine, elle échange avec nous sur la maladie de notre fille, c’est la première fois qu’elle entend parler de trisomie 18, je lui explique brièvement les conséquences de cette maladie sur ma fille, nous parlons de la pluie et du beau temps.

23 heures. V., la sage-femme, a réussi à percer la poche des eaux, non sans mal, malgré la péridurale cette manipulation a été douloureuse pour moi. Elle n’avait pas prévu de contenant pour récupérer le liquide amniotique, toute la literie est inondée, elle me fait basculer sur le côté pour retirer les draps, s’interroge sur cet excès de liquide, me demande si je ne suis pas atteinte d’hydramnios. Mon mari est à deux doigts d’envoyer balader cette bonne-femme qui n’a rien de sage dans sa manière de me traiter, je lui prends la main pour le calmer. La poche des eaux percée, le travail s’accélère brutalement, les contractions sont de plus en plus rapprochées et douloureuses, j’ai mal, je souffle mon corps tremble. Mon mari va chercher l’anesthésiste, elle me demandé d’évaluer l’intensité de la douleur de un à dix, je lui réponds entre deux contractions, diiiiiix. Elle me réinjecte de l’anesthésique mais le produit ne fait plus effet, je sens ma fille descendre lentement dans mon bassin. La sage-femme et l’auxiliaire de puériculture se placent devant moi, c’est le moment de pousser. Angelina se présente en siège, aussi petite soit-elle, le travail est difficile, je pleure de douleur physique et psychologique, je sens mon corps et mon cœur se briser au fur et à mesure de mes efforts.

J’ai mal, tellement mal de mettre au monde mon bébé qui est décédé dans mon ventre depuis presque 12 heures maintenant.