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L'amniocentèse

Je n'ai pas pu retenir mes larmes au cabinet de gynéco le lundi suivant lors du rendez-vous de préparation à l'amnio, que j'ai ressenti comme une formalité avant une interruption médicale de grossesse, ça m'a effrayé!!! Une écho est faite pour préparer l'amniocentèse, savoir où sont placés le placenta et bébé. L'écran est tourné vers la gynécologue (une parfaite inconnue du cabinet qui récupère mon dossier), elle me demande si je veux regarder quand même, 'bien sûr c'est mon enfant', c'est si touchant de voir son petit profil, entendre son cœur battre... Le laboratoire parisien n'a pas pu faire livrer le kit de ponction à cause des intempéries (neige, verglas), l'amniocentèse programmée le 30 janvier est donc reportée au 5 février. Encore une mauvaise nouvelle qui me rend de plus en plus pessimiste, le peu d'espoir qui me restait laisse place au désespoir.

Après plusieurs jours au fond de mon lit à tenter à travers mon écran d'ordinateur de comprendre de quelle maladie mon bébé semble être atteint, à lire des témoignages plus bouleversants les uns des autres de mamans qui ont dû traverser cette terrible épreuve, après des nuits d'insomnie ponctuées de cauchemars, de crises d'angoisse et de torrents de larmes, je décide de ne pas condamner mon bébé, de ne plus imaginer les scénarios les plus sombres et de célébrer la vie de ce petit être si vulnérable qui a besoin de moi, de tout mon amour.


Le 5 février, je suis arrivée à l'amnio beaucoup plus sereine, j'informe mon gynécologue et sa consoeur que je veux voir mon bébé tout le long de l'intervention, pour être au plus près de lui et qu'il puisse ressentir mon amour.  Je ne craque pas, ne verse pas une seule larme, je profite juste de l'instant présent. La gyneco prend du temps pour trouver le meilleur endroit, loin du placenta et de bébé, et de prélever du liquide amniotique 'bien clair'. Le bébé va bien, son cœur battait plus lentement après le prélèvement, 5mn après le battement était plus rapide, bien régulier. La gynéco m'explique que c'est normal après une ponction du liquide amniotique, j'essaye de me rassurer. Mais mon corps lui réagit avec anxiété, en me rhabillant j'ai la tête qui tourne, des bouffées de chaleur. 
Maintenant je patiente! Le test fish m'a été proposé, résultats sous 72h moyennant une centaine d'euros, mais non, avec le papa on prendra le temps d'obtenir le résultat complet du caryotype.

En attendant, je me concentre sur mon bébé en vie, je lui parle beaucoup, je laisse ma cadette faire des bisous tous les jours sur mon ventre, je la sens se lover dans ma main, cette toute petite boule de la taille d'un pamplemousse...

Les résultats du caryotype foetale 

Lundi 11 février

 

Mon téléphone sonne en début d'après-midi, secrétariat du gynécologue pour me dire de passer au cabinet, les résultats sont déjà arrivés. Je ne comprends pas, je n'ai pas demandé de fish, la mise en culture des cellules est censée prendre 2 voire 3 semaines...


La gynéco m'explique qu'elle a demandé le fish au CPDP qui a accepté car elle avait décelé une malformation cardiaque à l'écran lors de l'amniocentèse, les résultats du fish ont confirmé que mon bébé est malheureusement atteint de cette p****n de T18. La gynéco s'est entretenu directement avec la généticienne du labo de Paris pour confirmer les résultats, c'est sans appel! 

Je n'étais pas prête, peut-on être prêt à entendre que notre bébé est mourant, qu'il risque (à 95%) de ne pas survivre in utero, à entendre cette spécialiste vous expliquer la différence entre une img avant et après 22 sa, je suis à 19sa et 4j m'a t-elle dit.... Je porte la vie, on vient me parler de la mort, on me demande déjà de réfléchir à la manière dont je dois 'tuer' mon bébé alors que je le sens bouger plusieurs fois par jour dans mon ventre. La gynéco m'informe que mon dossier passera en commission le lendemain pour accorder l'IMG qui doit être réalisée dans la foulée. Je ne comprends rien de ce qui m'arrive, mon bébé ne présente aucune anomalie visible. Je reste incrédule. STOP.
Je suis incapable de prendre ce genre de décisions, je lui demande une semaine pour assimiler cette 'information', je porte un enfant malade qu'aucun médecin ne peut soigner, ma grossesse a peu de chance d'arriver à son terme, au mieux mon bébé vivra quelques mois, peut-être quelques années dans d'atroces souffrances.J'ai besoin  de ce laps de temps pour accepter le triste sort de mon enfant, mettre mes idées en place, reprendre en main mon destin et celui de l'enfant que je porte, être en accord avec moi-même, mes choix et mes convictions. 

Je n'ai aucun souvenir du trajet de dix minutes en voiture qui me sépare de mon domicile, je suis en mode pilotage automatique. Arrivée en bas de chez moi, je coupe le moteur, et reste immobile sur mon siège, complètement figée, je sens comme un seïsme parcourir mon corps. La douleur est si intense que le cri que je pousse m'effraie presque, un cri d'agonie qui résonne dans l'habitacle. Je sens des coups de couteaux me déchiraient le cœur (l'expression prend tout son sens à ce moment), je le sens se briser morceau par morceau, j'ai mal dans chaque parcelle de mon corps, mal de ne pas pouvoir faire naître mon enfant, mal de renoncer à lui donner la vie. J'ai beau crié, imploré tous les Dieux de me prendre moi et de laisser mon bébé vivre. C'est impossible, mon bébé est condamné, et moi je suis damnée, la terre s'ouvre sous mes pieds et engloutit mes espoirs de voir mon enfant grandir, sourire et rire. 

 

Pourquoi nous? Pourquoi mon bébé? Pourquoi cette maladie? Plus rien n'a de sens pour moi.

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